mardi 20 novembre 2007

Mobilisation tous azimuts

Il y avait du monde dans les rues en ce mardi 20 novembre. En tout, plus d’un demi million de personnes ont battu le pavé dans 148 villes de France, avec des mots d’ordre assez distincts.
Etat des lieux et petit tour d’horizon des revendications.

Les fonctionnaires
Ils formaient le gros des troupes. Parmi eux, beaucoup de profs qui protestaient, entre autre, contre la suppression de 11 900 postes dans l’Education nationale dès la rentrée prochaine. Dans les écoles justement, le mouvement a été bien suivi. Selon le ministère, près de 40% des personnels étaient en grève, toutes catégories confondues. Le taux de grévistes atteignait même les 65% chez les instituteurs selon les syndicats.
Mais, dans les cortèges, les enseignants n’étaient pas les seuls à donner de la voix. Les personnels des impôts ont largement pris part à ce mouvement de grogne qui portait sur la question du pouvoir d’achat et des emplois. A France Telecom, la grève a été suivie à 20% par les salariés tandis que les Postiers ne se sont guère faits entendre (15% de grévistes). La privatisation de l’entreprise en 2009 ne les inquiète visiblement pas.
Au total, près d’un tiers des fonctionnaires ont fait grève, selon le ministère de la Fonction publique, 45% selon les syndicats. Mobilisation « moyenne » pour le gouvernement, « forte » pour les organisations syndicales. En réalité, il faut remonter au mouvement social de 2003 contre la loi Fillon pour retrouver de tels chiffres. Et là, contrairement au mouvement des cheminots, celui des fonctionnaires est relativement soutenu par l’opinion : 53% des Français éprouvent de la « sympathie » pour les revendications des agents de l’Etat.
La balle est maintenant dans le camp de Eric Woerth, le ministre de la Fonction publique. «C’est vrai que les fonctionnaires ne gagnent pas très bien leur vie», a-t-il reconnu au micro de France Inter. Youpi, il fallait réagir et le ministre l’a fait. Sauf qu’il s’est empressé de rectifier le tir en justifiant la réforme (c’est-à-dire les suppressions d’emplois) : « il faut prendre plus de responsabilités, il faut faire des heures supplémentaires, il faut aussi accepter qu’il y ait moins de fonctionnaires». Mais bien sûr Eric… Parce que toi, des responsabilités t’en prends peut-être beaucoup dans ce gouvernement ?

Les bénéficiaires des régimes spéciaux
Dans le brouillard et l’odeur étouffante des fumigènes, les gaziers, électriciens et cheminots sont venus grossir les cortèges au rythme des sifflets et pétards. Engagés dans un conflit qui commence à durer avec le gouvernement sur la réforme des régimes spéciaux, ils se sont, une nouvelle fois, bien mobilisés. Chez EDF, 14% des salariés ont cessé le travail, 13,4% chez GDF et 27% à la SNCF (selon les directions des entreprises). Des négociations doivent s’ouvrir ce 21 novembre pour une éventuelle sortie de crise.

Les étudiants et lycéens
Les jeunes n’ont pas été en reste dans cette journée test pour Nicolas Sarkozy. Mais leur mobilisation a été plutôt décevante. Certes, de nombreuses facs étaient perturbées et les lycéens ont commencé à bloquer leurs établissements. Mais dans les défilés, il n’y avait pas foule.
Les étudiants ne se sentent-ils pas concernés ? Peut-être n’ont-ils pas lu le texte, cette fameuse loi LRU qui veut rendre les universités plus autonomes (au passage, c’était une revendication de mai 68). Malheureusement, il n’y a pas grand monde pour les défendre cette fois-ci, contrairement à la mobilisation contre le CPE. La gauche est exsangue et ses leaders se sont prononcés pour la réforme (Ségolène Royal et Jack Lang).
La loi Pécresse n’est ni bonne ni mauvaise. Elle est surtout hors de propos car elle ne répondra pas aux attentes et inquiétudes des étudiants. On ne réglera pas les problèmes de l’université française avec un texte aussi minimaliste et peu inspirant.
Quant aux organisations étudiantes, elles ont beau jeu de rejeter le texte aujourd'hui alors qu’elles l'ont pourtant bien validé cet été avec la ministre. Officiellement, il n’y a aucune manipulation politique, bien sûr. Ca me rassure…

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