Comme des millions de Français, j’ai cru au Tour du renouveau. Majestueuse grande boucle, partie de Trafalgar Square où trône l’amiral Nelson, au cœur de Londres, sur les bords de la Tamise, dans une ferveur aussi naïve qu’insoupçonnée. Pour trois semaines de grand spectacle.Comme des millions de Français, j’ai cru, exalté, au panache du Suisse Fabian Cancellara, tunique jaune sur les épaules, impavide, allant glaner une victoire d’étape inespérée, à Compiègne, après plus de 236 kilomètres d’efforts.
Comme des millions de Français, j’ai cru à l’audace d’un Christophe Moreau virevoltant et fier, paré du paletot bleu-blanc-rouge, toisant et déposant un à un ses adversaires de fortune sur les pentes alpestres et rugueuses de Tignes.
Comme des millions de Français, j’ai cru à l’héroïsme d’un Alexandre Vinokourov, enfin retrouvé, sur les collines bordant Albi lors du contre-la-montre, quelques jours seulement après une chute assassine et des larmes perlant sur un regard désabusé.
Comme des millions de Français, j’ai cru aux envolées et à la fougue d’Alberto Contador, jeune espagnol au visage d’ange, avalant à vitesse grand V les 16 bornes d’ascension du Plateau de Beille et tutoyant les sommets pyrénéens avant de filer vers Paris.
Alors, hier après-midi, c’est avec toutes ces images en tête que j’ai enfourché mon vélo. Direction le col du Petit Tourniol, qui surplombe le village drômois de Barbières, pour une excursion sur les contreforts du Vercors. Bucolique. Du moins, le pensais-je.
Dans cette vallée du Rhône aussi sinueuse qu’évasée, j’avais oublié que le vent était l’ennemi du cycliste. Foutu Mistral dont le souffle suffit à décourager les plus téméraires et sonner le glas des plus nobles espérances.
J’avais oublié que le soleil aveuglant, très haut dans ce ciel bleu azur, pouvait brûler les mollets et avant-bras jusqu’à menacer, telle une épée de Damoclès pesant sur un casque dégoulinant de sueur, les dernières certitudes d’un cycliste asphyxié, à qui l’astre céleste susurre des mots suaves, secondé par les stridulations d’une cigale égarée dans la garrigue.
J’avais oublié que le Petit Tourniol, qui n’a de petit que le nom, était aussi pentu, déroulant, sur ses 3 650 mètres de chaussée granulée qui ne rendent pas et qui transpirent le goudron, des pourcentages insolents.
J’avais oublié que tout là-haut, où la montée se fait col pour chavirer dans la vallée voisine, balayés par les caprices du temps, des gravillons, enrobant l’asphalte jusqu’à clinquer dans les rayons d’une roue sous pression, annonçaient une descente périlleuse aux lacets resserrés.
J’avais oublié que les longs faux-plats qui devaient mener au repos portaient bien leur nom, interminables, indépassables, comme si la boucle entamée ne devait jamais se refermer.
Après trois semaines de Tour de France, j’avais tout simplement oublié que le vélo, c’était difficile…
Tiny Toon's

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