Un beau serpent de mer… Voilà comment on pourrait qualifier cette réforme. Tous les ministres qui ont tenté de faire bouger les lignes à ce sujet se sont cassés les dents. Et pourtant, la réforme est aujourd’hui plus que nécessaire. C’est d’une grande loi de programmation dont a besoin l’université française avec des moyens à la hauteur des ambitions affichées. Finies les lois d’orientation pour se donner bonne conscience. Place aux actes et au déblocage immédiat de fonds. Car on ne peut prétendre réformer le supérieur à budget stagnant. L’équipe Raffarin-Ferry l’a appris à ses dépends lors la précédente législature.
« Le supérieur souffre à la fois de structures trop rigides et d’une grave sous-dotation budgétaire », expliquait en 2003 déjà, Thomas Piketty. L’économiste rappelait alors que la dépense moyenne par étudiant du supérieur était à peine 10% plus importante que dans le secondaire. A titre de comparaison, les Etats-Unis dépensent trois fois plus. Et même si le modèle américain a ses faiblesses, l’argent public investi outre-Atlantique dans les universités est à lui seul 50% plus élevé (par étudiant) qu’en France.
L’Etat doit donc investir davantage pour les étudiants : passer de 6 000 euros par élève à 9 000 euros en 5 ans pour rattraper ainsi nos voisins européens. Aujourd’hui, le modèle français est un modèle élitiste qui favorise les grandes écoles. Songez que l’Etat y investit deux fois plus que pour un étudiant en université. Que les grandes écoles soient dotées de manière significative n’est pas gênant en soi. Mais que l’université française soit à ce point mal lotie, cela doit interpeller. L’éducation doit devenir la priorité absolue de tout gouvernement. La cohésion sociale et l’économie d’un pays en dépendent.
Mais plus de moyens, ça veut dire plus d’argent. Alors comment faire ? Les deux ressources de l’université sont actuellement insuffisantes. La dotation générale de fonctionnement, versée par l’Etat, n’est pas extensible, et les frais d’inscription ne doivent pas exploser, au risque d’accroître une sélection par l’argent qui opère déjà.
L’une des solutions fréquemment évoquée est l’ouverture des facs aux fonds privés et à la concurrence.
L’idée en soi n’est pas mauvaise. Elle permettrait de lever des fonds pour financer la modernisation de nos campus. Mais, à terme, elle risquerait d’implémenter un système à plusieurs vitesses entre, d’un côté, les universités attractives des régions riches qui pourraient intégrer les meilleurs éléments et les plus fortunés, et de l’autre, les facultés mal pourvues.
Or, il serait faux de croire que plus les universités riches deviennent riches, moins les universités pauvres deviennent pauvres. Au contraire, le fossé entre les deux risquerait de se creuser. Inadmissible dans une République qui doit garantir à tous ses enfants la meilleure éducation possible.
Dans ce domaine, comme dans tant d’autres, il n’existe pas de solution miracle. Toutes méritent d’être considérées. A ceci près que l’Etat devra bien un jour arrêter de botter en touche et assumer ses responsabilités. A bon entendeur…

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