vendredi 29 juin 2007

"Sauvez la planète"

La Commission européenne entend "sensibiliser les citoyens aux petits gestes du quotidien pour empêcher les émissions de gaz à effet de serre", responsables du réchauffement climatique.
Raison invoquée par l'UE : "ces petits gestes nous aideront à économiser de l'argent".
Plutôt inattendu... Les citoyens, eux, attendent toujours les politiques publiques qui vont avec...

DOSSIER SOCIETE : Dans le monde persistant des "Je" en réseaux

Finie la bonne vieille console de jeu que l’on allumait seul devant sa télé dans le canapé du salon. La mode est aux jeux vidéo en réseau.
D'ailleurs, un Mondial du Gaming se tiendra, du 5 au 8 juillet, à Paris. Plus de 50 000 visiteurs sont attendus, pour l'occasion, au Parc des Expositions de la Porte de Versailles.
Alors pourquoi cette pratique a autant la cote? Eléments de réponse avec ce reportage, à Lille, de Tiny Toons.

« Ca y est ! Je crois qu’on vient de prendre la centrale ! Mince, je viens de me faire allumer par un autre Américain. Vas-y ! Tue-le pour moi ! ».
Derrière une porte grinçante et dans le bourdonnement d’une salle remplie de mauvaises ondes, trois ordinateurs parfaitement alignés. Devant leur écran, trois adolescents, casques sur les oreilles, claviers dans la main gauche et souris dans la main droite en guise de mitraillette, prêts à dégainer. Leur passion ? Les jeux vidéo. Plus particulièrement Battlefield II, un MMOFPS (voir encadré), comprenez un « jeu de tir » qu’ils partagent « entre copains ». Ca pianote. Ca braille. Ca manœuvre. Et ça baille aussi. Les trois jeunes hommes sont dans la pièce depuis bientôt une heure et demie.

Une fréquentation qui se stabilise

« Moi c’est ma récré quotidienne », explique Florian qui va passer son bac en fin d’année. A 18 ans, le jeune homme consacre plus deux heures par jour à ce jeu. « Ca me défoule. Et puis c’est convivial. Je viens m’éclater avec mes potes », lance-t-il, avant d’adresser un regard complice au gérant de la salle. Ici, le patron c’est Thierry, un grand garçon de 38 ans, passionné par les jeux vidéo, qui a bien du mal à se retenir seul derrière le comptoir. « Ca me démange. Vous savez, moi, j’ai toujours baigné dedans. Alors là, c’est dur de regarder les autres jouer ». Il y a dix ans, avec un groupe d’amis, il jouait déjà en réseau. « On transportait tout notre matériel les uns chez les autres. C’était vraiment lourd. On passait près de deux heures à installer tout ça avant de pouvoir commencer à jouer », raconte-t-il. Jusqu’au jour où cet accro des manettes a pris les choses en main et décidé de monter sa propre salle de jeux en réseau. « En 1997, il y avait bien quelques salles sur Paris mais pas vraiment sur Lille. On n’était que deux ».
Aujourd’hui, les choses ont bien changé. Près d’une demi-douzaine de salles existent dans la capitale du Nord. Même si, pour Thierry, la tendance est à la stabilisation. « Il y a eu un boom au début des années 2000. Mais par la suite, certains n’ont pas tenu le coup ». A Net Arena Game où il travaille, ils sont aujourd’hui deux à « faire tourner la boîte ». « Ca demande beaucoup d’effort. On fait des relais de 9 heures par jour. Mais tant que ça marche, c’est le principal », lâche-t-il.

Il faut dire que les jeux en réseau ont vraiment la cote. Notamment chez les plus jeunes. A Net-K, 18 ordinateurs en réseau leur sont réservés au sous-sol de l’établissement dans une petite cave en brique. Lumière tamisée et musique douce en arrière fond. « Ici, la moyenne d’âge c’est plutôt 16-20 ans », confie Pierre, le gérant de la salle, pour qui le rajeunissement est une tendance plutôt récente. « Il y a quelques années, la clientèle était plus âgée. Aujourd’hui, les parents laissent sortir leurs gosses à 15 ans ». Puis à 20 ans, tout ce petit monde semble de nouveau déserter les salles. « Ils commencent à avoir leur propre ordi puis se mettent à travailler pendant que d’autres préfèrent sortir avec la copine ». La copine, justement, elle ne vient pas beaucoup. Ici, l’ambiance est plutôt masculine. « On a bien quelques filles, mais en pourcentage ça ne représente rien », constate Pierre.

Des parents inquiets

En revanche, les clientèles d’ados sont très diverses. Des occasionnels (casual) qui viennent souvent en groupe aux « no life » qui font l’ouverture et la fermeture de la boutique, en passant par les habitués des vacances, on trouve de tout. « Certains viennent 45 minutes chaque jour pendant leur pause repas. D’autres sèchent carrément les cours et passent leur après-midi à jouer. C’est variable et ça dépend des jours. Même si on a de gros coups de bourre le mercredi et le samedi », admet Thierry qui scrute l’ordinateur placé en face de lui. Une présence régulière, bonne pour les affaires, mais qui a de quoi inquiéter les parents. « Certains appellent pour demander où sont leurs enfants. On est obligé de leur dire qu’ils sont ici en train de jouer. Et parfois, ça gronde un peu. Mais que voulez-vous, moi je ne peux pas savoir qu’ils leur ont interdit l’accès à la salle. C’est pas à moi d’élever le gosse », déplore Pierre. Car si les cas de dépendance extrême sont rares, certains adolescents abusent.
Bruce, 20 ans, est l’un des patrons de New Tech Design, une salle qui a ouvert en 2004, près de la place de la République, à Lille. « On voit arriver des jeunes de plus en plus jeunes et qui passent de plus en plus de temps devant les ordis ». Mais, pour lui, les « no life » ou « hard gamers » (passionnés excessifs) ont tendance à rester chez eux. « Avec la baisse des coûts de connexion, ces jeunes préfèrent investir dans du bon matériel et jouer à la maison. Car, à la longue, ça fait très mal au porte-monnaie, surtout quand vous n’avez pas de revenu ». Les tarifs en salle sont variables mais à 3 euros l’heure, on peut perdre très vite beaucoup d’argent. D’ailleurs, pour encourager la demande, les gérants ont mis en place un système de forfait et de carte à la journée. « Ca permet d’atténuer les coûts », se félicite l’un d’entre eux. Mais du coup, ça incite les jeunes à jouer plus longtemps.

« Ils interagissent mais ne communiquent pas »

Alors pourquoi jouer en salle plutôt que de rester chez soi ? Les motivations sont multiples. Si certains viennent parce qu’ils ne possèdent pas de connexion chez eux, beaucoup reconnaissent venir pour l’ambiance. « On peut jouer en groupe et rencontrer des gens qui partagent la même passion. C’est plus convivial que de s’enfermer chez soi », explique Jérôme, un habitué des salles. Pourtant, Pierre, le gérant, n’est pas de cet avis : « Regardez, ils sont en groupe mais ne parlent pas. Ils interagissent mais ne communiquent pas. C’est tout le paradoxe de cette pseudo convivialité ». Sans compter, qu’à 42 ans, « Pierrot » comme on l’appelle ici, se sent de plus en plus largué. « Les 15 – 18 ans ont leur propre jargon, leurs propres codes. Ils s’appellent avec des pseudos. Font partie de la même guilde (Ndlr : communauté de joueurs). Ca fait mal à la sortie. Je prends tous les jours un coup de vieux », plaisante-t-il d’un sourire un peu crispé. Même Bruce, qui n’a que 20 ans et qui appartient à cette génération, semble perdu : « J’ai l’impression d’avoir affaire à des enfants qui cherchent à fuir la réalité pour s’évader dans un autre monde. Certains pensent même pouvoir être embauchés par les concepteurs du jeu. C’est fou ! ».

Montée des jeux de gestion en ligne

Pour autant, tous les joueurs ne cherchent pas à mener des quêtes dans des univers parallèles et fantastiques. En témoigne la recrudescence des jeux de gestion en réseau. Ainsi, Kévin, 17 ans, est devenu un adepte de Air Star. « Tu crées ton compte et deviens propriétaire d’une compagnie d’aviation. Tu fais des missions journalières, gagnes de l’argent et gères un budget. Avec cet argent, tu achètes du kérosène, paies des hôtesses et investis dans de nouveaux avions ».
Le jeune garçon consulte le jeu quatre fois par jour et attend les dimanches avec impatience. « A minuit, les impôts tombent ». Un jeu de simulation plutôt réaliste mais très prenant et surtout sans fin. D’ailleurs, Kévin, qui travaille la journée, se considère comme un « gestionnaire » le reste de son temps. Prêt à sauter sur la bonne affaire pour le bien de son entreprise. Les yeux rivés sur la pendule de la salle de jeu, il attend son heure. « Mon avion ne va pas tarder à décoller. A 18h30 exactement. Je vais vous laisser ».
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MMOG : UN JARGON MASSIVEMENT COMPLIQUE

On distingue aujourd’hui plusieurs types de jeux vidéo en réseau, connus sous l’appellation MMOG (massively multiplayer online game : jeux en ligne massivement multijoueur).

Parmi eux, les plus courants sont les MMORPG (massively multiplayer online role-playing game), qui tentent de concilier jeu de rôle et jeu en ligne. Ils ont pour particularité de se dérouler dans un « monde virtuel persistant ». Cela signifie que le jeu continue même lorsque le joueur se déconnecte et éteint son ordinateur. Parmi les MMORPG les plus en vogue, World of Warcraft bat tous les records avec plus de huit millions de joueurs actifs au quatre coins de la planète (dont la moitié en Chine). Développé par Blizzard Entertainment depuis 2005, le jeu se déroule dans un univers médiéval fantastique où coexistent elfes, trolls, gnomes, guerriers, mages et autres êtres énigmatiques… Dans ce monde mystérieux, le joueur doit effectuer des quêtes : tuer des monstres et ramener des objets pour acquérir de l’expérience. Cette dernière lui permet de doter son personnage d’un meilleur équipement et ainsi de gravir les différents niveaux.

D’autres jeux sont aussi à l’honneur. Notamment les MMOFPS (massively multiplayer online first-person shooter). Ce sont des jeux de tir subjectif, dans lesquels l’image que voit le joueur est une simulation de ce que voit le personnage qu’il contrôle. Counter-strike, sorti en 1999, en est l’illustration même. Le joueur se déplace avec son clavier, esquive les coups, gère son équipement. Avec sa souris, il dirige son arme, ajuste le viseur placé au milieu de l’écran et fait feu sur l’ennemi d’un simple clic gauche.

Enfin, d’autres jeux, comme Mankind, reposent sur de la stratégie et sont qualifiés de MMORTS (jeux de stratégie en temps réel et en ligne).
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Les gamers: qu'en pensent-ils, eux?

« Ca permet de me défouler »
Hugo, 16 ans

« J’ai découvert les jeux vidéos il y a quatre ans. Je ne connaissais pas bien cet univers mais certains de mes amis y jouaient très régulièrement. Alors je me suis dit : pourquoi pas moi ? Chez moi, je me sentais un peu seul. Alors, j’ai commencé à venir en salle. Et maintenant, j’ai vraiment pris goût. Je viens souvent après les cours et le week-end. Je passe une heure en moyenne devant l’écran. Le plus souvent je joue à Counter-strike. C’est un jeu rapide et vraiment prenant. En plus, on peut jouer en équipe. On est en interaction totale. Et puis, ça me permet surtout de me défouler ».

« Je suis tombé dans le piège »
Matthieu, 22 ans

« Quand je suis arrivé à Lille, j’étais tout seul. J’avais tendance à me replier sur moi-même. Alors, pour sortir un peu, j’ai commencé à fréquenter les salles de jeux où j’étais bien accueilli et où je me suis fait de nombreux amis. Sauf que j’ai pris l’habitude de venir tous les jours, du lundi au samedi, dès l’ouverture jusqu’à la fermeture. En rentrant chez moi, je passais même 4 à 5 heures par nuit sur certains jeux. Je ne m’arrêtais plus. Tout juste pour aller aux toilettes. Même plus pour manger. D’ailleurs, je m’étais installé à côté du frigidaire. Comme ça, j’avais tout à portée de mains. J’étais devenu un pur « no life » (Ndlr : dans un état de dépendance totale au point de ne plus sortir).
Et puis, les ennuis ont commencé. J’ai perdu mes amis. J’ai relâché la pression dans mes études. Bref, problème de budget et gros échec scolaire. J’ai raté ma première année de médecine. Je n’ai tenu qu’une semaine en première année de sciences de la vie et je n’ai pas eu mon BTS. Les jeux vidéo, c’était devenu une drogue pour moi. Un peu comme une cigarette. On fait une bourde quand on allume la première. Je suis tombé dans le piège. Et ça a duré 4 ans. J’ai dû déménager à Montélimar (Drôme). Et là, j’ai pris une grosse claque. Plus rien. Aujourd’hui, je suis revenu sur Lille. Et je recherche un emploi. La journée, je la passe ici dans cette salle de jeux en réseau. Pas devant l’écran. Mais pour retrouver des amis. Pour discuter avec le patron. C’est une sorte de café moderne, de point de rencontres IRL (Ndlr : in the real life, dans la vie réelle). Je suis mieux dans ma peau ».

« Il faut bien sortir un peu quand même »
Jérôme, 17 ans

« Moi, je préfère jouer à la maison. Je sais qu’il y a un risque à rester chez soi mais on y est bien mieux. Au moins, tu gères ton temps comme tu le veux. Avant, je venais régulièrement dans les salles de jeux. Le samedi, j’arrivais à 10 heures le matin pour repartir à 23 heures. Mais voilà, 50 euros par semaine, ça fait vite cher. Au début, je continuais car je me disais « t’es pas à 10 euros près ». Jusqu’au jour où ma mère "m’a tué". J’ai tout arrêté. Je me suis mis à travailler. Et puis j’ai économisé pour me payer ma connexion à Internet. Mes parents, pour me récompenser, m’ont acheté un ordinateur. Et depuis, je joue chez moi. Mais moins régulièrement. Ca ne me manque pas trop. Parfois, je m’en passe même complètement même s’il m’arrive aussi de jouer jusqu’à épuisement. Mais j’essaie davantage de me contrôler. Il faut bien sortir un peu quand même ».

« Etre une fille et jouer au jeux vidéo ? Parfois, ça surprend ».
Maryline, 26 ans

« Je suis passionnée de jeux vidéo depuis l’âge de 9 ans. A cette époque, mon père a acheté son premier PC. Je n’avais jamais joué, mais c'est devenu très vite l'une de mes activités favorites. Parallèlement, je lisais beaucoup de livres fantastiques et historiques. Ce qui explique que j'ai toujours préféré le jeu vidéo d'aventure. C’était pour moi un nouveau support pour découvrir des histoires, personnages, énigmes, univers imaginaires... Un support plus vivant car je devenais actrice de l'histoire. Pour autant, les jeux vidéo n’ont jamais remplacé mes livres.
Aujourd’hui, je joue à World of Warcraft (WoW), j'y passe en moyenne 2 heures tous les 3 jours. Ce qui me plaît dans ce jeu, c'est avant tout l'univers de fantasy. Mais aussi le concept de réseau. En effet, chaque personnage étant incarné par un joueur derrière son PC, je partage directement ce jeu avec plusieurs amis, 4 filles et 5 garçons. WoW me permet de "jouer un personnage", de simuler une vie dans un univers fantastique, en pouvant discuter avec d'autres personnages. Une sorte de théâtre d'improvisation.
Les joueurs que je croise sont surtout des garçons. Parfois, ça gêne. Pas mes amis. Mais, lorsque je suis amenée à parler de WoW avec d'autres personnes (amis d'amis, vendeurs en magasins de jeux) ou que d'autres joueurs comprennent que je suis réellement une fille, leur réaction peut varier de la surprise à une sorte d'envie. Un garçon m’a même dit : « ah, si ma copine pouvait jouer à WoW ! ». On a l'impression que les garçons nous considèrent parfois comme plus intéressantes, plus cool... Alors qu'en fait, on a juste certains centres d'intérêts en commun ».

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TROIS QUESTIONS A…

Elizabeth Rossé, psychologue à l’Hôpital Marmottan de Paris qui fait référence dans la prise en charge des addictions aux jeux vidéo.

« Notre travail, libérer la parole »

Les addictions liées aux jeux vidéo sont-elles en augmentation aujourd’hui en France ?

Sans nul doute. On n’a pas de chiffre exact pour savoir combien de personnes sont concernées sur le territoire français, contrairement aux Etats-Unis où plusieurs études ont été réalisées. Mais pour prendre un exemple, à Marmottan, en 2006, nous avons accueilli 49 personnes contre 29 en 2005, soit une hausse de plus de 40 % des consultations. La tendance se confirme donc. Avant, les parents venaient consulter et demandaient des conseils pour leurs enfants qui restaient devant leur écran toute la journée. Aujourd’hui, ces mêmes enfants viennent directement nous voir.

Y a-t-il un profil type du joueur dépendant?

On ne peut pas parler de profil type car ceux qui consultent ne sont pas forcément les plus dépendants. En fait, ceux qui viennent nous voir sont, dans la grande majorité des cas, des garçons qui ont entre 17 et 21 ans. Or, la moyenne d’âge des joueurs en France se situe autour de 28 ans. De la même manière, il faut prendre le mot « dépendance » avec des pincettes. Cette dépendance repose sur des déclarations subjectives. C’est le patient qui se dit, ou non, dépendant. Moi, je préfère parler de souffrance. D’autant que certains joueurs évoquent davantage le mauvais climat qui règne chez eux plutôt que les jeux vidéo.

Comment les aidez-vous à surmonter leurs souffrances ?

Essentiellement par la parole. C’est un travail fondamental que de libérer cette parole. Souvent, ces jeunes se déprécient et n’osent pas parler, dire ce qui ne va pas. Notre travail à nous, c’est de les mettre en confiance pour qu’ils parviennent à dire les choses, à exprimer leurs souffrances. Nous faisons le même travail avec les parents. Si ça ne marche pas, alors il faut envisager une psychothérapie, faire des points plus réguliers, connaître davantage la personne. Mais cela reste rare.

Enquête réalisée, à Lille, par Tiny Toons.

Scandaleux

Jugez plutôt...

mercredi 27 juin 2007

Modernisation = privatisations?

A tous ceux qui s’interrogent sur le financement du projet de Nicolas Sarkozy, pas de panique !

Certes, le gouvernement dépense (et oui, ça coûte cher les réformes). Mais il va bientôt « encaisser » (dans tous les sens du terme).

Après avoir annoncé la suppression de 30 à 40 000 postes dans la Fonction publique l’an prochain, l’Etat vient de céder 5% du capital de France Telecom. Soit 2,7 milliards d’euros qui vont servir directement au désendettement public.
François Fillon se rappelle ainsi au bon souvenir de l’opérateur téléphonique, lui qui, en 1996, alors qu’il était ministre des Télécommunications du gouvernement Juppé, avait fait voter la loi abolissant le monopole de France Télécom, faisant de cette entreprise une société anonyme.
Selon le gouvernement, d’autres opérations boursières de ce genre pourraient suivre. Notamment à EDF. L'Etat détient, pour l'instant, 87% du capital de l'entreprise. Mais la loi l'autorise à descendre jusqu'à 70%, ce qui, compte tenu du cours de l'action aujourd'hui, pourrait rapporter au Trésor près de 24 milliards d'euros.
Si ces mesures sont viables et même souhaitables économiquement, pas sûr qu’elles le soient socialement.
L’automne promet d’être chaud.

Good bye Tony !

Le Premier ministre britannique vient de quitter Downing Street. A 54 ans, il est remplacé par Gordon Brown, son ministre des Finances et nouveau leader du Parti travailliste.

Après dix années de bons et loyaux services à la tête du gouvernement britannique, Tony Blair devient émissaire du Quartette pour le Proche-Orient (Union européenne, Russie, Nations unies, Etats-Unis).

Plus de précisions sur les années Blair, ici.

mardi 26 juin 2007

Accoyer au perchoir

Lui, c’est Bernard Accoyer et c’est, depuis aujourd’hui, le quatrième personnage de l’Etat. Le député UMP de Haute-Savoie et ancien président du groupe UMP à l’Assemblée vient d’être élu par ses pairs au perchoir. A 62 ans, ce père de trois enfants succède donc à Jean-Louis Debré, nommé, lui, au Conseil constitutionnel.
Mais à peine installé dans son nouveau fauteuil, le maire d’Annecy-le-Vieux va devoir se mettre au travail. Paquet fiscal, pouvoir d’achat, universités, peines planchers… En ce début de législature, les sujets ne manquent pas. De quoi occuper, tout l’été, les 577 députés du Palais-Bourbon.

DOSSIER ECONOMIE : "Pas moins d'impôt, mais mieux d'Etat"

« La baisse des prélèvements obligatoires, c’est une priorité pour moi. (…) Si on réduit de 4 points nos prélèvements obligatoires, on rend 68 milliards d’euros aux Français » (Nicolas Sarkozy / Emission « A vous de juger » sur France 2 le 8 mars 2007 et Le Monde du 23 janvier 2007).

S’il y a bien un thème récurrent dans la vie économique et sociale des pays développés, c’est bien le poids, jugé excessif, des prélèvements obligatoires (qui recouvrent, grosso modo, les impôts et une partie des cotisations sociales).
En France, le taux de prélèvements obligatoires (c’est-à-dire les prélèvements rapportés au PIB) était d’environ 44 % en 2006 (contre 25 % aux Etats-Unis, 34 % en Allemagne, 36 % au Royaume-Uni et 50 % au Danemark). Aujourd’hui, ces prélèvements constituent une ressource non négligeable pour l’Etat : près de 792 milliards d’euros en 2006.
Parallèlement, le taux de dépenses publiques reste très élevé dans notre pays : près de 55 % du PIB.

Alors, pourquoi le sujet fait-il débat aujourd'hui? Qu'en disent les économistes libéraux et keynésiens? Notez d'emblée que pour faciliter la compréhension, j’ai simplifié les choses, les deux familles de pensée présentées ici n’étant pas homogènes et le terme « libéral », en économie, n'ayant que très peu de sens.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les Libéraux n’abhorrent pas les dépenses publiques. Elles ont même une utilité structurelle en prenant en charge des biens et services collectifs qui, sinon, seraient délaissés par le secteur privé du fait des coûts d’investissement à mobiliser et de la rentabilité incertaine à un horizon lointain. D’ailleurs, Adam Smith, considéré comme le chef de file des Libéraux au XVIIIè siècle, insistait sur la nécessité de construire et d’entretenir des routes et des canaux, lors de la Révolution industrielle.
Ensuite, ces dépenses publiques permettent à l’Etat d’assurer ses fonctions régaliennes (police, justice, …) et de financer des services collectifs indivisibles, comme l’éducation ou la recherche et développement, porteurs « d’externalités positives », comme disent les économistes.

Pour les Keynésiens, les dépenses publiques permettent de soutenir la consommation : elles agissent sur les administrations publiques via les organismes de sécurité sociale et permettent une redistribution en faveur des catégories les moins favorisées, celles qui ont la plus forte propension à consommer.

Elles sont aussi synonymes de soutien à l’investissement public et privé. En d’autres termes, elles permettent de restaurer la confiance des entrepreneurs, les commandes publiques pouvant créer de l’activité pour le secteur privé. Et quand bien même ses dépenses publiques creuseraient le déficit de l’Etat, elles auraient un rôle à jouer dans la relance de l’économie en générant de nouvelles recettes par une hausse de la consommation. Plus de recettes donc moins de déficit, pour les disciples de Keynes.

« Faux », répondent les Libéraux en brandissant le principe d’équivalence ricardien. Derrière ce nom barbare se cache une réalité économique toute simple : le déficit budgétaire n’a pas l’effet attendu sur la demande car les individus anticipent une hausse des impôts nécessaires pour que l’Etat rembourse ensuite sa dette. Ils réduisent donc leur consommation pour pouvoir payer les impôts futurs. Résultat : pas de relance de l’économie.

Dépenses publiques: pourquoi tant de haine?

En fait, les Libéraux estiment que les dépenses publiques, si elles sont mal contrôlées, peuvent freiner l’activité.
D’une part, une hausse des prélèvements obligatoires, qui viendrait compenser les nouvelles dépenses, peut peser sur les catégories aisées, précisément celles qui ont une forte propension à épargner. Or, pour les Libéraux, l’épargne permet d’alimenter des investissements supplémentaires. Cette hausse viendrait également grever les comptes des entreprises en agissant sur leur taux de marge (= taux de profit), d’où moins d’investissement.
Le recours à l’emprunt obligataire, lui, peut provoquer une hausse des taux d’intérêt et donc un coût plus important de financement des investissements privés (effet de massue). Sans oublier qu’il est susceptible d’enclencher un processus d’accroissement de l’endettement public et potentiellement un risque d’éviction (pour financer leur endettement, les administrations publiques empruntent des capitaux qui ne seront plus disponibles pour les entreprises privées qui souhaitent financer leur investissement).

D’autre part, la présence de l’Etat fausse les mécanismes du marché. Or, toujours selon les Libéraux, l’Etat est un mauvais entrepreneur qui tend à « socialiser » les pertes. Les règles de la concurrence pure et parfaite ne sont plus respectées.

Dernier argument, et pas le moindre. Les transferts sociaux, opérés par ses dépenses publiques, découragent les plus entreprenants. En d’autres termes, une trop grande générosité publique développe l’assistanat et incite à la paresse. Dans une telle analyse, le chômage résulte d’un acte volontaire.

En ce début de XXIè siècle, les débats ne sont donc pas clos. Mais il est intéressant de constater à quel point l’Etat reste un acteur incontournable de la vie économique. Les nouvelles théories, fondées sur le libéralisme, ne nient plus cette réalité. Bien au contraire. Toutes reconnaissent que l’Etat, lorsqu’il se montre responsable et volontariste, peut jouer un rôle moteur par les réformes structurelles qu'il engage.
Pas « moins d’impôt », mais « mieux d’Etat », tel devrait être, en somme, le credo de l’économie moderne.

TC

Un "libéral" un peu trop interventionniste…

Pendant la campagne présidentielle, on a souvent dépeint Nicolas Sarkozy comme étant un libéral. Au risque d’en froisser quelques-uns, je ne pense pas qu’il le soit. Le libéralisme, ce n’est pas qu’une doctrine économique. C’est aussi, et surtout, une pensée politique.

Son passage au ministère de l’Intérieur n’autorise pas vraiment à affirmer que la politique qu'il a menée ait été libérale. Ca se saurait. Elle a plutôt été sécuritaire. C’est différent. Et finalement, c’est même assez légitime vu le poste qu’il occupait. En tant que ministre de l’Economie et des Finances, là non plus, il n’a pas spécialement été libéral. Il a beaucoup légiféré et même défendu certains dossiers en étatiste modéré.
Non, Nicolas Sarkozy n’est pas un libéral. C’est un conservateur pragmatique qui aime bien tout maîtriser. Et ça se voit. Depuis qu’il est à l’Elysée, pas un jour ne passe sans que le Président ne reprenne la main sur un dossier (les universités, par exemple) ou ne fasse des propositions inattendues, prenant de court ses ministres (réforme de la taxe professionnelle, loi sur la recherche,…). A ce rythme-là, Nicolas risque la surchauffe, voire une bonne migraine. C’est alors qu’interviendra (enfin) le Premier ministre. Et Sarko de l’annoncer : « Parle à mon Fillon, ma tête est malade! ».

Mais revenons un instant au libéralisme. L’utilisation du terme est aujourd’hui largement abusive. A force de tout vouloir simplifier pour aller vite (c’est ça le monde moderne), on finit par dire n’importe quoi. « Faire simple », ça ne veut pas dire « faire simpliste ». Et l’Histoire est souvent riche d’enseignement à ce sujet.

« Ô doux commerce, pacificateur des peuples ! ». Ces incantations ne sont pas d'Adam Smith, le papa du libéralisme économique, mais des philosophes des Lumières. Que diraient-ils aujourd’hui ces philosophes de cette mondialisation qui se joue sous nos yeux ? Qu’elle est libérale ? Sûrement pas. C’est même tout le contraire. La mondialisation crève de ne pas l’être assez, rongée par un néo-libéralisme qui, lui, sévit depuis les années 70 et dévaste tout sur son passage.

Dans ce monde du chacun pour soi, chaque pays défend son pré carré. Le néo-réalisme a tué Kant et avec lui, l’idée d’une paix durable. La concurrence, devenue un instrument au service des plus puissants, est faussée. Le règne de la finance s’est imposé. Et le protectionnisme a supplanté le libre-échange.

Répétons-le avec insistance: la mondialisation n’est pas libérale, le sacro-saint « laisser-faire » n’ayant jamais été synonyme de bordel généralisé. C’est pourtant le cas aujourd’hui.

dimanche 24 juin 2007

Ardecho, merveillous païs

(Photo: www.ardechoise.com)

Des ballons jaune et violet au bord des routes, des villages en fête, des chorales improvisées aux points de ravitaillement… C’est incontestablement un nouveau succès pour l’Ardéchoise. Cette année encore, ils étaient près de 13 000 cyclos à enfourcher leur vélo pour participer à la plus grande course du genre en Europe. Des passionnés de la « petite reine » venus, pour un, deux ou trois jours, des quatre coins de la France, et parfois du monde, sillonner les routes bucoliques du département.

Au programme des réjouissances, 24 parcours et des circuits allant de 60 kms et deux cols à escalader, pour les plus frileux, à 600 kms et 35 cols à gravir, pour les plus téméraires.
Et à l’arrivée, des sourires sur tous les visages malgré la dernière difficulté du jour : le col du Buisson (920 m), par le Pont de Clara, et ses pentes qui flirtent avec les 15 %.
Une performance à saluer cette année : celle de Robert Marchand qui, avec 95 printemps au compteur, était le doyen du peloton.

Une édition malheureusement endeuillée pour la première fois de son histoire. Vendredi, alors qu’il effectuait la descente du col de Mézilhac, un cycliste, âgé d’une cinquantaine d’année, a lourdement chuté dans un virage très serré entre Laviolle et Antraigues. L’homme, originaire de Côte d’Or, a basculé par-dessus le parapet pour terminer sa course une dizaine de mètres en contrebas de la route. Transporté à l’hôpital d’Aubenas, il a succombé à ces blessures quelques heures plus tard (FBDA/DL).

Libre comme l'air

Viento

Cantan las hojas,
Bailan las peras en el peral;
Gira la rosa,
Rosa del viento, no del rosal.

Nubes y nubes
Flotan dormidas, algas del aire;
Todo el espacio
Gira con ellas, fuerza de nadie.

Todo es espacio;
Vibra la vara de la amapola
Y una desnuda
Vuela en el viento lomo de ola.

Nada soy yo,
Cuerpo que flota, luz, oleaje;
Todo es del viento
Y el viento es aire siempre de viaje.

Auteur: Octavio Paz, 1944

samedi 23 juin 2007

Le MoDem en veille ?

Au lendemain de ces quatre tours d'élection, une question subsiste. Où est passé François Bayrou? Et bien, apparemment il est retourné chez lui, dans son Béarn natal.

DOSSIER POLITIQUE : Autonomie des universités : que faut-il en penser ?

Un beau serpent de mer… Voilà comment on pourrait qualifier cette réforme. Tous les ministres qui ont tenté de faire bouger les lignes à ce sujet se sont cassés les dents. Et pourtant, la réforme est aujourd’hui plus que nécessaire.

C’est d’une grande loi de programmation dont a besoin l’université française avec des moyens à la hauteur des ambitions affichées. Finies les lois d’orientation pour se donner bonne conscience. Place aux actes et au déblocage immédiat de fonds. Car on ne peut prétendre réformer le supérieur à budget stagnant. L’équipe Raffarin-Ferry l’a appris à ses dépends lors la précédente législature.

« Le supérieur souffre à la fois de structures trop rigides et d’une grave sous-dotation budgétaire », expliquait en 2003 déjà, Thomas Piketty. L’économiste rappelait alors que la dépense moyenne par étudiant du supérieur était à peine 10% plus importante que dans le secondaire. A titre de comparaison, les Etats-Unis dépensent trois fois plus. Et même si le modèle américain a ses faiblesses, l’argent public investi outre-Atlantique dans les universités est à lui seul 50% plus élevé (par étudiant) qu’en France.

L’Etat doit donc investir davantage pour les étudiants : passer de 6 000 euros par élève à 9 000 euros en 5 ans pour rattraper ainsi nos voisins européens. Aujourd’hui, le modèle français est un modèle élitiste qui favorise les grandes écoles. Songez que l’Etat y investit deux fois plus que pour un étudiant en université. Que les grandes écoles soient dotées de manière significative n’est pas gênant en soi. Mais que l’université française soit à ce point mal lotie, cela doit interpeller. L’éducation doit devenir la priorité absolue de tout gouvernement. La cohésion sociale et l’économie d’un pays en dépendent.

Mais plus de moyens, ça veut dire plus d’argent. Alors comment faire ? Les deux ressources de l’université sont actuellement insuffisantes. La dotation générale de fonctionnement, versée par l’Etat, n’est pas extensible, et les frais d’inscription ne doivent pas exploser, au risque d’accroître une sélection par l’argent qui opère déjà.

L’une des solutions fréquemment évoquée est l’ouverture des facs aux fonds privés et à la concurrence.
L’idée en soi n’est pas mauvaise. Elle permettrait de lever des fonds pour financer la modernisation de nos campus. Mais, à terme, elle risquerait d’implémenter un système à plusieurs vitesses entre, d’un côté, les universités attractives des régions riches qui pourraient intégrer les meilleurs éléments et les plus fortunés, et de l’autre, les facultés mal pourvues.
Or, il serait faux de croire que plus les universités riches deviennent riches, moins les universités pauvres deviennent pauvres. Au contraire, le fossé entre les deux risquerait de se creuser. Inadmissible dans une République qui doit garantir à tous ses enfants la meilleure éducation possible.

Dans ce domaine, comme dans tant d’autres, il n’existe pas de solution miracle. Toutes méritent d’être considérées. A ceci près que l’Etat devra bien un jour arrêter de botter en touche et assumer ses responsabilités. A bon entendeur…

Malaise sur les bancs de la fac

L’autonomie des universités... c’est bien mal barré ! Trois syndicats importants ont quitté hier soir la séance du Conseil national de l'Enseignement supérieur et de la Recherche (Cneser), qui examine le projet de loi sur l'autonomie des universités défendu par Valérie Pécresse. Devant le « semblant de dialogue » de la Ministre chargée de l’Enseignement supérieur, ils « en appellent au Président de la République pour trouver une issue à ce qui s'annonce comme une crise grave pour l'université française ».

Un an après la mobilisation contre le Contrat Première Embauche (CPE), le sujet reste sensible, voire explosif.
Le texte, qui sera examiné par le Parlement cet été (pendant que les étudiants seront en vacances), prévoit de confier plus de pouvoir aux facs et à leurs présidents. Désormais, ces derniers pourront récupérer leur patrimoine immobilier et gérer l’intégralité de leur budget. Ils pourront également recruter et rémunérer eux-mêmes les enseignants, créer et supprimer des filières (selon les débouchés offerts, par exemple) et pourront multiplier les recours auprès des fondations privées pour financer le tout.

Le conseil d'administration (CA), qui pouvait compter jusqu'à 60 membres, devrait lui être réduit de 20 à 30 sièges, dont seulement trois pour les étudiants et sept pour des personnalités extérieures.

La Conférence des présidents d'université (CPU) demande, elle, que toutes les universités aient le même statut dans un délai raisonnable. Alors que le projet de réforme laissait entendre jusqu’à présent que l’application du texte serait optionnelle. Les organisations syndicales et étudiantes exigent que soit mentionnée la non-sélection en master, et qu’une loi stipule de ne pas augmenter les frais d'inscription.

Quelques vers pour rêver

Photo: Crête de Jiboui (Drôme) © TC
Pensiamento

Bañarse en la gota de rocío
Que halló en las flores vacilante cuna,
En las noches de estío
Desciende el rayo de la blanca luna.
Así, en las horas de celeste calma
Y dulce desvarío,
Hay en mi alma una gota de tu alma
Donde se baña el pensamiento mío.

Auteur: Rafael Obligado in Poesias

vendredi 22 juin 2007

Plus dur sera l'atterrissage

Il y a parfois des réalités économiques qui font mal.

Prenez Airbus par exemple. En plein salon du Bourget, l’avionneur européen annonce 425 commandes fermes et 303 intentions d'achat pour ses appareils. Soit la coquette somme de 73 milliards d’euros. On croit alors le groupe sorti momentanément du gouffre. Pas du tout. La direction annonce le maintien de son plan de restructuration, le fameux « Power 8 ». Un plan qui prévoit, entre autre, 10 000 suppressions d’emploi en quatre ans.

Le directeur commercial d’Airbus persiste et signe : « Nous en avons encore plus besoin. (...) Nous battons Boeing en terme de ventes, mais pas en terme de coûts ».

Et oui, c’est cela l’économie moderne. Une réduction des coûts qui fait décoller les ventes. Jusqu’à ce que les salariés s’écrasent.

Entrée en matière réussie

Crédit Photo © François Lafite (http://www.flickr.com/photos/francois_lafite)

Mercredi soir, sur TF1, Nicolas Sarkozy passait son premier grand oral devant les Français. Au terme d’une interview fleuve de près de 50 minutes, il a réussi à en dire davantage que Jacques Chirac en douze ans et, par là même, dépoussiérer une fonction présidentielle devenue quasi-ringarde.

Au fond, c’est peut-être ça la vraie rupture. Faire de la politique autrement. D’aucuns diront que sa prestation s’apparente fort à une pure stratégie de communication. Mais après tout, tous les pensionnaires de l’Elysée ont usé des mêmes artifices jusqu’à présent. A ceci près que Sarkozy, aussi fougueux qu’imprévisible à chacune de ses interventions, a redonné, me semble-t-il, un intérêt à ce type d’entretiens, souvent considérés comme pompeux. A tel point que près de 14 millions de Français trônaient devant leur téléviseur vers 20h30 mercredi. Un record. Certes, tous n’étaient pas là pour écouter les promesses du nouveau Président et beaucoup attendaient la nouvelle série de l’été sur la première chaîne. Mais ces Français-là, en tout cas, l’ont suivi jusqu’à 21 heures dérogeant à la règle du zapping télévisuel.

Dire les choses simplement. Parler directement aux citoyens, au coin du feu comme un Kennedy en d’autres temps et en d’autres lieux. Prendre la posture d’un anti-intellectualisme parfois primaire. La langue n’est pas celle d’un Pompidou. Le style n’est pas grandiloquent. Mais engagé.

Le Président de la République ne jure que par l’action. Toujours l’action. Il lance des fusées dans tous les sens. « Les réformes et les promesses seront tenues », martèle-t-il.
Le rythme de ce début de règne est effréné. Une stratégie sans doute. Objectif : tout maîtriser et court-circuiter l’opposition en la poussant dans ses retranchements. Et comme le PS est en pleine reconstruction, il n’a, pour l’heure, rien à dire. Rien à proposer.

Mitterrand aimait à dire qu’il « faut laisser le temps au temps ». Sarkozy n’a cure du temps. L’efficacité est sa devise. L’allure est si rapide que, dans cette manière de faire, même le Premier ministre est court-circuité. Le discours de politique générale ? C’est Nicolas qui s’en charge. Mini-révolution ? Peut-être. « Changement de régime », avouait même à demi-mot Georges Tron, député UMP de l’Essonne, lundi.

Mais à trop vouloir brusquer les choses, on finit par rencontrer des difficultés. A commencer par le fait d’être constamment en première ligne. Dans cette stratégie omnipotente, le Premier ministre n’est plus un fusible. C’est au Président d’assumer son rôle. Au risque de se brûler les ailes tout seul. Et de provoquer une véritable crise… de régime. En effet, imaginons que le projet de loi sur l’autonomie des universités soit confronté à des résistances sur les campus en octobre. Les grèves se propagent et des blocages apparaissent çà et là. Nicolas Sarkozy se rendrait-il alors dans les facs pour discuter directement avec les étudiants (ce dont je le crois capable) ? Et si ces discussions échouent, que se passera-t-il ? Qui sera le référent alternatif, apte à apaiser les esprits et mettre un terme à la crise ?

Ensuite, à vouloir trop faire vite, on fait souvent mal. Le Président de la République pourra-t-il tout mener de front en même temps ? Les réformes engagées sont capitales et éminemment lourdes à conduire. D’autant qu’il lui faudra, simultanément, s’assurer de la confiance de l’opinion. Et là, l’état de grâce dans lequel il baigne aujourd’hui ne sera pas infini. Autant les Français ne lui reprocheront probablement pas ses réformes structurelles, faute d’alternative crédible. Autant sa mission sera plus délicate en matière sociale, l’opposition relayant activement les inquiétudes des syndicats et des salariés.

Enfin, et c’est peut-être le plus important : Nicolas Sarkozy est-il prêt au dialogue, lui qui accepte difficilement d’avoir tort, d’être critiqué ? Dialoguer, cela suppose d’avoir du temps devant soi. En homme pressé, le Président ne semble pas en avoir. Il devra pourtant en prendre. Au risque de retomber dans les mêmes travers que ces prédécesseurs qui, en confondant parfois autorité de l’Etat et autoritarisme, ont dû renoncer à leurs ambitions.

Elle-même n’y croyait pas…

Crédit Photo © François Lafite (http://www.flickr.com/photos/francois_lafite)

On sait maintenant pourquoi Ségolène n’est pas à l’Elysée aujourd’hui. Et pour une fois, la réponse est venue de l’intéressée elle-même. « Elle n’y croyait pas ». Voilà qui a le mérite d’être clair.
« Pas crédible » la généralisation des 35 heures. « Pas crédible » le SMIC à 1 500 euros brut. Bref, « pas crédible » son pacte présidentiel. Et forcément, quand on n’est pas convaincu, on n’est pas convaincant.

Les Français, en tout cas, lui ont fait payer très cher ce manque de conviction et de crédibilité, quand le candidat de l’UMP excellait dans l’art de la certitude, de l’évidence et du franc-parler.
Alors menteuse, Ségolène ? D’une certaine manière, oui. Elle a berné ses électeurs. Ceux qui croyaient qu’une rupture était possible à gauche. Que des vérités, pas toujours bonnes à dire (et coûteuses électoralement), pouvaient aussi sortir de la bouche d’un dirigeant socialiste.
Mais à qui en doit-on le plus dans cette affaire ? A Ségolène ou au Parti socialiste ? A celle qui a tenté de parler vrai aux Français au début de sa campagne, réalisant au passage des scores honorables dans les sondages, ou à un parti complètement sclérosé qui refuse encore de voir que le monde bouge autour de lui ?
Par son approche partisane, le PS a oublié qu’une élection se jouait au-delà de son propre camp. Or, il est fini le temps béni où le report des voix communistes assurait aux socialistes des lendemains de fête. Et ceux qui ont essayé de tourner la tête vers le centre ont, peu ou prou, été écartés du parti. Preuve qu’au PS, l’ouverture n’est pas un principe cardinal.

Enfin, requinqués par des résultats encourageants aux élections législatives, les socialistes ont beau jeu aujourd’hui de critiquer la TVA sociale, arguant, à juste titre, d’une inflation qui affecterait en premier lieu les plus démunis. Mais, parallèlement, est-ce bien raisonnable de proposer un SMIC à 1 500 euros net (ou brut d’ailleurs) qui aurait des conséquences économiques et sociales bien plus désastreuses? « L’inflation est un impôt sur la pauvreté » disait en substance le prix Nobel d’économie, Maurice Allais. Les socialistes semblent en avoir une mémoire sélective.

Le PS doit maintenant profiter de son rôle d’opposant dans l’hémicycle pour se reconstruire et changer de logiciel. Pas simplement pour s’opposer. Mais pour se poser et proposer. Pour devenir cette alternative que beaucoup de Français attendent et espèrent. C’est à ce prix qu’il évitera une implosion qui semble aujourd’hui inéluctable, dans un monde moderne en perpétuel mouvement et qui ne l'attendra pas.